PKP et Parti Québecor
Quand j’ai appris la nouvelle de l’entrée en scène de Péladeau, je venais juste de lire l’article de Benoit Gaulin « Québecor – PKP : Vers la berluscolonisation de l’État québécois ? » (in Médias, journalisme et société, Nouveaux cahiers du socialisme, no 11, 2014). (La revue a été publiée quelques semaines avant l’arrivée de PKP sur la scène politique.) Benoit évoque notamment le lien existant entre la financiarisation[1] des entreprises médiatiques et leur concentration. Il rappelle comment cette méga-concentration (télédiffusion, téléphonie, accès Internet, édition de journaux, de magazines et de livres, distribution et vente de produits culturels) où la convergence est le maître mot, amène non seulement un appauvrissement de l’information, mais aussi une uniformisation et un abaissement du niveau culturel. Il décrit la nomination de PKP au conseil d’administration d’Hydro-Québec comme faisant partie du « processus amorcé dans les années 1980 et qui soumet peu à peu les États contemporains à une raison gestionnaire », processus qui dissout le caractère proprement politique des finalités assignées aux États modernes. (L’analyse est plus fouillée mais bon, je ne peux pas tout rapporter; je vous invite à lire l’article: nombreux faits, notamment d’ordre économique, concernant Québecor; citations et références intéressantes.) https://www.cahiersdusocialisme.org/2014/03/10/quebecor-pkp-vers-la-berlusconisation-de-letat-quebecois/
L’arrivée de PKP ne peut pas être analysée uniquement dans le cadre de la question nationale ou de la politique québécoise. Elle est symptomatique de ce qui se passe, mondialement, dans les États. Et de ce qui se passe, mondialement, dans les entreprises de communication et dans des grandes entreprises. Il ne s’agit plus pour certaines de démanteler l’État, il s’agit de se l’approprier. Et de le gérer de la même façon qu’on gère son entreprise.
Je ne dis pas qu’avec Péladeau comme ministre la situation empirera automatiquement et à coup sûr. Je ne dis pas que c’est le diable. Mais lorsqu’on pense à la propagande qu’il y a eu contre les étudiants dans tous les médias de Québecor, quand on pense à la série de reportages « Québec est dans le rouge » (TVA, LCN, Journal de Montréal, Journal de Québec) dans lesquels on vilipendait certaines dépenses publiques (sauf, bien sûr, celles qui entouraient l’amphithéâtre de Québec), quand on pense à la façon dont tous ces médias nourrissent la xénophobie, il me semble qu’on peut émettre raisonnablement l’hypothèse que les choses ne vont pas aller en s’améliorant… Sans parler de ses méthodes intransigeantes (voir La Presse d’aujourd’hui, samedi 15 mars, p. A2-3 ), de sa mentalité de grippe-sou (même référence), de ses positions férocement anti-syndicales, de son désir de rendre encore plus difficile la syndicalisation, etc.
Quant à la participation de PKP à un éventuel référendum en tant que membre influent du gouvernement, je ne peux pas y voir là quelque chose de positif. Le problème n’est pas qu’il soit de droite ou qu’il soit riche. C’est sûr que, du point de vue indépendantiste, le référendum ne se gagnera pas qu’avec des gens de gauche. Mais PKP n’est pas un homme de droite « ordinaire » comme François Legault ou Mario Dumont. Il n’est pas un simple entrepreneur comme Le Hir, Legault ou même Paul Martin. C’est un empire médiatique, un empire de communications, de « divertissements » et de « produits culturels », quelqu’un qui a dans ses poches une immense machine de propagande. Car on peut être assuré que quelle que soit la forme que prendra la structure financière du capital de Québecor, quelqu’un veillera au grain pour lui : les mêmes messages réactionnaires - et de nouveaux - continueront de circuler abondamment dans ses médias. Sa présence, sa fusion avec le gouvernement, constituent une menace à la démocratie, une menace à certains droits fondamentaux comme la liberté de presse et d’expression, le droit à une information diversifiée et de qualité.
Nous avons évoqué, lors de notre premier débat, comment la corruption affectait la démocratie. La collusion entre les médias et l’État, l’appauvrissement de l’information, le manque de pluralisme ou de diversité des points de vue, sont du même acabit. Je ne peux donc que déplorer fortement la candidature de PKP et ce, sur tous les plans.
Je ne peux aussi m’empêcher d’entendre Péladeau nous demander, au lendemain d’une victoire référendaire, des « sacrifices » au nom de la Nation et du « pays » à construire, et surtout exiger, imposer des mesures d’austérité sans précédent. Mais ça, c’est une autre histoire.
En 2012, j’ai voté QS (je n’avais pas voté depuis 1976). Je revoterai encore pour QS, pas parce que je suis d’accord avec toutes ses positions ni avec toutes les interventions de ses représentants, mais, comme dirait ma mère, « pour l’encourager ».
(Je n’entre pas ici dans le référendum. Trop compliqué, trop long. Peut-être un prochain texte.)
Murielle, 15 mars 2014
[1] « … ce nouveau mode de gouvernance des entreprises dans lequel 1) l’actionnaire est roi et maître (définissant les stratégies et contrôlant les managers), 2) l’investissement à court terme est la norme (l’important étant d’abord d’augmenter la valeur boursière de l’entreprise; 3) et enfin […], 3) dans lequel ce sont les travailleurs et travailleuses – à travers une nouvelle organisation du travail […] qui supportent les risques. » p. 86